Jouer pour apprendre !


Par Élise Guay, professeure d’éveil musical et de flûte à bec, titulaire d’une maîtrise en éducation musicale

 

Le jeu, un outil éducatif

Le jeu est l’activité la plus importante de l’enfance. Il permet à l’enfant d’explorer et de connaitre le monde qui l’entoure de façon simple et en s’amusant. Il est un précieux allié pour permettre d’enseigner la musique aux tout-petits et cela, dans le plaisir et dans un contexte agréable et positif.

Sauter et danser !

De 3 à 5 ans, l’enfant est dans une période où son agilité corporelle s’améliore et se développe énormément. Il adore courir, sauter, tourner et frapper. Il est très actif et a besoin de bouger constamment. D’ailleurs, il s’amuse à le faire naturellement sur n’importe quelle musique entrainante sans qu’on le lui demande.

Que peut-on faire à la maison ?

Bouger sur une musique ou imiter la démarche d’un animal ou d’un personnage, amène l’enfant à explorer l’espace et ses capacités physiques. Il apprend à utiliser ses grands muscles et à maitriser les mouvements comme marcher de façon normale, plus vite, de côté, en frappant les pieds, ou sauter, sautiller, galoper et exécuter des actions comme se retourner, faire demi-tour, tourner sur soi, se balancer, s’accroupir, frapper dans les mains de son voisin ou faire un crochet.

On peut aussi faire entendre une musique rythmée et danser avec l’enfant. Il nous imitera spontanément et exécutera les mouvements qu’on lui demandera. On peu également chanter des comptines qui décrivent des mouvements à exécuter et les faire en même temps que lui.

Des mots pour rire

Le sujet des chansons enfantines est souvent amusant. L’enfant aime le rythme ainsi que le côté rigolo et léger des comptines. Dès l’âge de 3 ans, il commence à regrouper ce qu’il voit en fonction de différentes catégories comme les animaux, ou les arbres, puis de sous-catégories comme les gros et les petits. Ainsi, un jeune enfant peut trouver très drôle des situations qui ne respectent pas ces catégories, par exemple un petit dinosaure ou un immense papillon.

Il aime jouer avec les mots, s’amuser à faire des rimes, surtout si elles sont ridicules. On peut s’amuser avec eux à changer les mots des chansons ou lui demander d’en inventer puisque cela le fait rire et lui fait du même coup prendre conscience des syllabes et les sons dans les mots qui seront nécessaires à l’apprentissage de la lecture plus tard.

La simplicité et la répétition des comptines permet à l’enfant de dire plusieurs fois les mots et l’aide à développer son langage. ll intègre les mots et en découvre de nouveaux. Il est plus facile pour lui d’apprendre les paroles d’une chanson quand on les associe avec des gestes simples. Cela lui permet d’anticiper les mots et de lui procurer un sentiment de compétence en perfectionnant ses acquis. On peut également remplacer les syllabes d’une chanson par le miaulement du chat, l’aboiement du chien. Il adorera suggérer d’autres animaux et d’autres sons et ainsi il intègrera une nouvelle mélodie par répétition et cela, sans jamais se lasser.

Élise Guay, M.Mus

S’exprimer par le jeu

Les jeux musicaux développent la capacité de l’enfant à exprimer ses sentiments à éveiller sa spontanéité que ce soit par l’écoute, par le mouvement ou la voix. Mettre en jeu l’imaginaire de l’enfant est favorable à la communication de ses sentiments parce qu’il lui permet d’intégrer la gestion de ses émotions dans un contexte sécurisant.

Une suggestion de jeu serait d’interpréter une chanson qu’il connait en lui demandant d’exprimer des émotions différentes. Par exemple, on lui demande de chanter « Frère Jacques » de façon gaie, triste, fâchée ou fatiguée. Il développe aussi sa créativité en essayant de trouver des solutions, explorer et comprendre son environnement.

Le développement cognitif et la musique

Dans les cours d’éveil musical, l’enfant développe d’abord ses habiletés perceptives auditives. Il manipule des objets qui font du bruit, cela retient son attention et lui donne du plaisir. il recherche différentes sonorités en grattant, en secouant ou en frappant et il fait l’association entre le son recherché et le geste pour l’obtenir. Ensuite, il apprend à différencier et à classer les sons. Il continue son exploration par des jeux symboliques où il devient un personnage ou un animal. Il analyse plus finement les paramètres des sons : l’intensité, la durée, le timbre et la hauteur. Il reconnait certains principes d’alternance et de répétitions qui servent à déterminer la forme d’une œuvre. Il devient capable de sonoriser des histoires et inventer des bruitages de situations réelles ou imaginaires. Il organise les sons dans de courtes séquences sonores avec un début, un déroulement et une fin.

Jouer de la musique

La musique et le jeu partagent plusieurs caractéristiques. Ne dit-on pas jouer de la musique ? Tout le monde aime la musique : on fait cette activité par pur plaisir et elle est volontaire. Elle demande un certain effort, mais elle représente une source intarissable de belles découvertes.

Par exemple, en éveil musical, chanter des comptines en groupe permet de rire ensemble et renforcit le lien entre les enfants tout en leur donnant confiance. Le plaisir que cela lui procure est un facteur important de motivation et celui lui redonnera le goût de revenir au cours de musique ou d’en refaire avec vous à la maison !

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Référence pour la section sur le développement cognitif et la musique : Ribière-Raverlat, J. (1997). Développer les capacités d’écoute à l’école, écoute musicale, écoute des langues. Presses Universitaires de France.

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Merci à l’Entente de développement culturel pour le soutien financier.

2022-03-25T15:42:03+00:00 24 mars 2022|Chronique musicale, Parents|